Psychologie sociale – TD n°5

Le phénomène de la « brebis galeuse »

Expériences :

Expérience 1 - Marques, Yserbyt et Leyens (1988) :

Des étudiants belges doivent juger une personne stimulus. Deux VI sont manipulées :

  • L’appartenance de groupe de cette personne : endogroupe (étudiant belge) ou exogroupe (étudiant d’Afrique du Nord).
  • Sa sympathie : sympathique, antipathique, pas d’informations (neutre).

L’évaluation de cette personne porte sur une série de dimensions positives et négatives.

Résultats (plus la note est forte, plus la personne est acceptée) :

 

Sympathique

Antipathique

 

Endogroupe

5,20

2,97

4,08

Exogroupe

4,55

3,91

4,23

 

4,86

3,44

 

On a un effet principal de la sympathie mais pas d’effet principal du groupe d’appartenance.
Interaction : p<.001.

Expérience 2 – Marques et Yzerbyt (1988) :

Des étudiants belges évaluent le comportement réel d’une cible (monologue). Ils entendent la lecture d’un texte par un étudiant en philosophie (endogroupe) ou en droit (exogroupe). La lecture est soit bonne, soit mauvaise. On a donc deux VI : l’appartenance de groupe et la qualité de la performance verbale. On mesure la « favorabilité » à l’égard de la cible (de 1 à 7).

 

Bonne performance

Mauvaise performance

 

Endogroupe

4,79

2,82

3,81

Exogroupe

4,28

3,08

3,18

 

4,53

2,96

 

On a un effet de la performance (p<.001) mais pas d’effet global de l’appartenance, ainsi qu’une interaction (on apprécie plus un étudiant de l’exogroupe quand la performance est mauvaise et un étudiant de l’endogroupe quand la performance est bonne).

Théorie :

Définition :

L’effet de brebis galeuse implique que :

  • Les sujets évaluent plus négativement un membre antipathique de l’endogroupe qu’un membre antipathique de l’exogroupe.
  • Les sujets évaluent plus positivement un membre sympathique de l’endogroupe qu’un membre sympathique de l’exogroupe.

Pour qu’on parle d’effet « brebis galeuse », ces deux aspects doivent être présents.

Théorie de l’identité sociale :

  • La catégorisation sociale (« classification ») permet à l’individu de se définir comme membre d’un groupe.
  • L’individu compare son groupe  d’appartenance (endogroupe) avec les groupes auxquels il n’appartient pas (exogroupes).
  • Si son endogroupe est valorisé, il a une identité sociale positive. Sinon, il met en place une série de stratégies identitaires qui lui permettent d’affirmer la supériorité de l’endogroupe et implicitement son identité sociale positive (le favoritisme de l’endogroupe).

 

L’effet brebis galeuse est une forme sophistiquée de favoritisme de l’endogroupe. Il ne résulte pas d’une comparaison intergroupe (endo / exo) mais de la comparaison intragroupe. On compare les comportements de nos membres à un « standard » (norme) définissant ce qui est souhaitable et valorisant pour l’endogroupe. L’effet brebis galeuse vise ainsi à protéger l’image qu’on a du groupe et conduit au rejet d’un éventuel membre déviant.

 

Prophéties auto-réalisatrices

Théorie :

Définition :

Les prophéties auto-réalisatrices consistent en le fait qu’une personne ayant initialement adapté des croyances erronées à prorpos d’un individu amène cet individu à se comporter de telle sorte qu’il confirme ces croyances (Snyder, 1992).

Ainsi, le phénomène implique une situation d’interaction entre deux personnes (A et B). A a des attentes à l’égard de B . Ces attentes sont fausses ou non fondées mais elles vont influencer le comportement de A à l’égard de B de façon à ce que B se comporte conformément aux attentes de A.
Les attentes de A se trouvent alors confirmées : sa prophétie s’est réalisée.

On peut résumer ce phénomène d’après le schéma suivant :

a

Ce phénomène a été étudié dans différents contextes :

  • Scolaire : les attentes de l’enseignant influencent les performances de l’élève. Vis à vis des élèves envers lesquels il a de fortes attentes de réussite, l’enseignant peut favoriser le climat relationnel, donner des évaluations positives précises qui leur permettent de mieux se corriger. Ces élèves arrivent à voir de bons résultats.
  • Expérimental : les attentes de l’expérimentateur peuvent influencer les réponses de ceux qui participent à son expérience (effet Rosenthal).
  • Intergroupe : l’influence des stéréotypes.

 

Le phénomène des prophéties auto-réalisatrices peut s’exprimer à travers le comportement verbal (ce qui est dit) mais aussi non-verbal (posture, regardes etc.).

Indicateurs non-verbaux dune attitude positive à l’égard d’autrui :

  • Proximité interpersonnelle (en terme de faible distance).
  • Contacts oculaires nombreux.
  • Orientation des épaules directe (position de face).
  • Inclinaison du buste en avant (vers l’interlocuteur).

 

Ces comportements reflètent une relation « d’immédiateté » en augmentant la proximité avec l’interlocuteur.

Texte de Word, Zanna et Cooper (1974) :

Les auteurs ont étudié ce phénomène dans une situation d’entretien dans lequel un interlocuteur blanc est face à un candidat noir (les américains blancs à cette époque avaient des stéréotypes négatifs à l’égard des noirs).
L’hypothèse générale est que les individus blancs qui interagissent avec des individus noirs manifesteront peu de comportements « d’immédiateté » (auront une attitude négative). Les individus noirs, en réponse, feront de même, ce qui, en situation d’entretien, ceci se traduit par une mauvaise performance. D’où deux sous-hypothèses qui reflètent les deux parties du modèle justifiant deux expériences séparées :

Hypothèse et expérience 1 :

Les candidats noirs recevront moins de comportement « d’immédiateté » que les candidats blancs. L’expérience consiste à vérifier l’influence du stéréotype (des attentes) sur le comportement du sujet. Les candidats compères (noirs ou blancs) sont entraînés à se comporter de la même manière, et les interviewers (tous blancs) sont les sujets naïfs (cf. p114).

Hypothèse et expérience 2 :

Quelle que soit leur appartenance ethnique, les candidats qui reçoivent peu de comportement « d’immédiateté » vont en exprimer peu en retour et seront évalués comme moins performants que ceux qui ont reçu beaucoup de comportements « d’immédiateté ».
L’expérience consiste à vérifier l’effet des comportements du percevant sur les comportements de la cible et finalement l’évaluation de celle-ci. Les candidats sont les sujets naïfs et les interviewers compères (blancs) sont entraînés à exprimer plus ou moins de comportements « d’immédiateté » (cf. p118).
On constate ainsi que la performance est aussi influencée par le comportement du percevant (par exemple, on s’assoit plus près d’un recruteur qui manifeste plus de comportements d’immédiateté).

 

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